Depuis plusieurs mois, une stratégie de communication politique semble se déployer autour de la crise persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo. Derrière une apparente volonté d’apaisement et de normalisation, certains observateurs dénoncent plutôt une tentative de redorer une image fortement écornée par les dénonciations répétées de la diaspora et des organisations indépendantes.
Au cœur de cette stratégie figure ce que l’on pourrait qualifier de « politique du selfie », impulsée par le ministre de la Communication, Patrick Muyaya. Cette approche consiste à multiplier les apparitions publiques et les images soigneusement mises en scène, notamment avec des individus présentés comme représentants de la communauté banyamulenge. Or, selon plusieurs voix issues de cette même communauté, ces personnes ne disposent d’aucune légitimité : ni élues ni mandatées, elles ne représenteraient qu’un groupe très restreint, considéré par beaucoup comme des traîtres et largement désavoué par la majorité. Il s’agirait, en outre, d’individus incapables de se rendre dans les Hauts-Plateaux, leur milieu d’origine, où vit leur communauté aujourd’hui persécutée.
Ce phénomène ne s’est pas limité au territoire congolais. Quelques jours après ces premières mises en scène de Patrick Muyaya aux États-Unis et au Canada, le même groupuscule a été aperçu à Bujumbura, posant aux côtés du président burundais, Évariste Ndayishimiye. Là encore, l’objectif semble clair : projeter l’image d’une reconnaissance régionale et d’un dialogue harmonieux, malgré les tensions persistantes sur le terrain. Il convient de rappeler que le président Ndayishimiye est accusé par certains d’avoir des troupes engagées en coalition avec les FDLR, les Wazalendo et les FARDC, dans un contexte de fortes tensions impliquant les Banyamulenge.
Cependant, cette stratégie intervient dans un contexte où la contestation s’intensifie à l’international. Des manifestations organisées au Canada, à Nairobi, aux États-Unis et au Royaume-Uni ont dénoncé ce qu’elles qualifient de manipulation de l’opinion publique et d’occultation des violences subies par certaines communautés, notamment les Banyamulenge, les Tutsi du Nord-Kivu et les Hema de Bunia.
Face à cette pression, de nouvelles accusations émergent. Il est rapporté que des tentatives seraient en cours pour contraindre des réfugiés congolais présents au Burundi, en particulier des Banyamulenge, à manifester en faveur de cette ligne politique. Si ces faits sont avérés, ils constitueraient une violation grave des droits fondamentaux, notamment de la liberté d’expression et du droit de ne pas être instrumentalisé à des fins politiques.
Ce ne serait pas la première fois que de telles méthodes sont dénoncées. Une précédente tentative a consisté à enrôler de force de jeunes réfugiés pour les envoyer combattre dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu. Cette opération a eu des conséquences dramatiques : certains jeunes ont perdu la vie, d’autres ont été arrêtés puis transférés à Kinshasa, où ils ont été détenus pendant plusieurs mois.
Après leur libération, plusieurs de ces jeunes se retrouveraient dans une impasse administrative totale : sans documents d’identité, sans possibilité de retour vers leurs familles à l’Est du pays, et exposés à un environnement hostile. Dans ces conditions, leur situation s’apparente à une forme de détention à ciel ouvert, où la liberté de mouvement reste théorique et dangereuse dans la pratique.
L’absence de volonté politique pour résoudre ces situations est régulièrement pointée du doigt. Pourtant, dans des contextes similaires, des dispositifs administratifs existent pour permettre aux personnes déplacées ou sans papiers de circuler légalement, notamment via des attestations provisoires d’identité ou des documents de voyage temporaires.
En définitive, ces éléments soulèvent une question centrale : peut-on construire une paix durable sur des stratégies de communication et des mises en scène, sans traiter les causes profondes du conflit ni respecter les droits des populations concernées ?
Face à ce constat, de nombreuses voix appellent à la vigilance et à la responsabilité, afin d’éviter que les réfugiés et les communautés vulnérables ne deviennent des outils au service d’agendas politiques.
Le 30 avril 2026
Paul Kabudogo Rugaba

Excellent Paul tres courageux mon ami