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Montreux : des accords de façade face à une tragédie bien réelle

Réunis à Montreux, en Suisse, sous l’œil attentif de médiateurs internationaux, les représentants de la République démocratique du Congo et du M23 ont, une fois de plus, produit un communiqué soigneusement rédigé, promettant l’essentiel : facilitation de l’aide humanitaire, libération de prisonniers, respect du droit international et protection des civils. Sur le papier, tout y est. Dans la réalité, presque rien ne change.

Depuis des années, les mêmes engagements se répètent, les mêmes formules diplomatiques circulent, et les mêmes espoirs sont déçus. L’accord de décembre dernier, pourtant soutenu par des puissances internationales, n’a pas mis fin aux combats. Celui de Montreux risque de suivre le même chemin : celui des textes sans effets, des promesses sans conséquences.

Car pendant que les délégués échangent des poignées de main dans des salons feutrés, la population de l’Est congolais continue de vivre sous les bombes.

Le 22 avril 2026, à Minembwe, la réalité a brutalement contredit les engagements pris un jours plus tôt. L’Université UEMI, dernier refuge pour des centaines de civils fuyant les violences dans les localités environnantes, a été frappée par des bombardements de La coalition FARDC et FDNB. Des infrastructures détruites, du matériel anéanti, et surtout, un symbole : celui d’un espace de savoir transformé en cible de guerre. Ce lieu, qui incarnait encore un espoir pour une population déplacée et traumatisée, n’est plus qu’un champ de ruines.

Comment, dans ces conditions, accorder du crédit à des engagements censés protéger les civils et préserver les infrastructures essentielles à leur survie ?

Le décalage entre les déclarations diplomatiques et les faits sur le terrain est devenu insoutenable. D’un côté, on parle de « protection primordiale des civils ». De l’autre, des zones densément peuplées par les Banyamulenge et les Tusie du Nord-Kivu  continuent d’être exposées, de manière selective, à des frappes. D’un côté, on promet de faciliter l’aide humanitaire. De l’autre, les populations fuient encore, sans abri, sans sécurité, sans assistance réelle.

Plus préoccupant encore, des informations récurrentes signalent des mouvements de troupes et un renforcement militaire dans plusieurs zones stratégiques des hauts plateaux. Ces forces, estimées à environ 1 200 hommes, seraient composées d’éléments des FARDC, de troupes burundaises et de combattants FDLR, déployés notamment vers Mitamba, Buhonde, Kejembwe et Point Zéro. À cela s’ajouterait la présence de mercenaires étrangers chargés d’un appui technique, notamment dans l’utilisation de drones et la mise en place d’un dispositif de protection aérienne. Une telle configuration ravive de profondes inquiétudes, laissant penser que le conflit dépasse désormais les acteurs officiellement engagés pour s’inscrire dans des dynamiques géopolitiques plus larges et opaques.

Par ailleurs, certaines allégations évoquent un appui extérieur belge plus structuré, notamment la fourniture de milliers de drones au Burundi en vue de l’installation d’une base arrière sur les hauts plateaux de Banyamulenge, avec des objectifs stratégiques qui dépasseraient le cadre congolais. Dans cette perspective, il vas de soi que les Banyamulenge apparaissent, une fois de plus, comme les victimes d’enjeux qui les dépassent, sacrifiés au profit d’intérêts étrangers. Une situation qui soulève un profond sentiment d’injustice.

Dans ce contexte, les populations locales, notamment celles des hauts plateaux, ont le sentiment d’être abandonnées, voire instrumentalisées. Elles deviennent les variables d’ajustement d’intérêts qui les dépassent, les victimes silencieuses d’accords qui ne les protègent pas.

La question devient alors inévitable : à quoi servent réellement ces accords ?

S’ils ne sont pas suivis de mécanismes contraignants, de sanctions en cas de violation, et surtout d’une volonté politique sincère de mettre fin aux hostilités, ils ne sont que des exercices diplomatiques. Pire encore, ils entretiennent l’illusion d’un progrès, alors même que la situation se détériore.

Il ne suffit plus de signer des communiqués. Il faut des actes. Il ne suffit plus de parler de paix. Il faut la construire, concrètement, sur le terrain. Et cela commence par une chose simple mais essentielle : cesser immédiatement toute action qui met en danger les civils.

Tant que les bombes continueront de tomber à Minembwe et ailleurs, chaque nouvel accord signé à l’étranger apparaîtra pour ce qu’il est aux yeux des victimes : une promesse de plus, sans lendemain.

 

Le 23 avr. 26

Paul Kabudogo Rugaba

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Ruhimbika Senghor
Ruhimbika Senghor
4 months ago

Merci Kabudogo. Un bon article.

Pascal Ntayoberwa
Pascal Ntayoberwa
4 months ago

Il est très intéressant
Que tout le monde lise ces articles très pertinents. Nous vous remercions sincèrement *Kabudogo Ntwari* pour les articles percutants et courageux qu’il publie afin de dénoncer et condamner les atrocités inhumaines commises contre les Banyamulenge.
Dans un contexte où le silence et l’indifférence dominent souvent face à la souffrance des populations vulnérables, la voix de *Kabudogo Ntwari* se distingue par sa clarté, sa constance et son engagement. Ses écrits ne se limitent pas à informer : ils interpellent, éveillent les consciences et appellent à la responsabilité collective. En mettant en lumière les violences extrêmes, les persécutions et les injustices dont sont victimes les *Banyamulenge*, il contribue à briser le mur du déni et de l’oubli.
Les crimes décrits dans ses articles dépassent l’entendement. Il s’agit d’actes d’une brutalité inqualifiable, qui portent atteinte non seulement à la dignité humaine, mais aussi aux principes fondamentaux des droits de l’homme. Face à une telle situation, le travail de sensibilisation et de plaidoyer devient essentiel. Kabudogo joue ici un rôle crucial en documentant ces réalités et en donnant une voix à ceux qui sont souvent réduits au silence.
Son engagement rappelle que la justice et la vérité nécessitent du courage. Écrire sur ces sujets, c’est prendre position contre l’injustice, refuser la banalisation de la violence et défendre les valeurs universelles de respect, de dignité et de solidarité. À travers ses articles, il appelle également la communauté internationale, les organisations humanitaires et les décideurs politiques à agir, à enquêter et à mettre fin à l’impunité.
En somme, nous exprimons notre profonde gratitude à Kabudogo pour son travail remarquable. Ses contributions ne sont pas seulement des textes : elles sont un acte de résistance morale et un appel pressant à la conscience humaine. Nous espérons que son engagement inspirera d’autres voix à se lever pour défendre les opprimés et promouvoir la justice. Dieu seul vous bénisse papa

Paix ensemble
Paix ensemble
4 months ago

Merci pour les commentaires encourageants