
Ils viennent de passer cinq longues années derrière les barreaux de la prison militaire de Ndolo. Cinq années volées à leur adolescence. Cinq années d’injustice pour des jeunes Banyamulenge arrêtés alors qu’ils n’étaient encore que des mineurs.
Leur tort ? Aucun crime établi. Aucun jugement équitable. Seulement une identité.
Certains étaient en route pour des vacances, d’autres gardaient paisiblement leurs troupeaux, d’autres encore ont été enlevés en plein voyage. Tous ont été arrêtés pour une raison aussi brutale qu’arbitraire : être Tutsi. Dans un climat où, hier comme aujourd’hui, être Tutsi est trop souvent assimilé, sans preuve ni nuance, à un soutien au M23.
Aujourd’hui, leur libération est annoncée. Mais peut-on réellement parler de liberté ?
Car une question cruciale demeure : comment ces jeunes vont-ils regagner l’est du pays, leur terre d’origine ? L’histoire récente montre que la libération sans accompagnement n’est qu’une illusion. Un précédent inquiétant existe : des mineurs enlevés par Kongolo Bigirumwami, conseiller autoproclamé du président, avaient été relâchés sous pression. Pourtant, privés de moyens de retour, certains furent à nouveau arrêtés sans motif.
Ce schéma est révélateur d’une réalité glaçante : pour ces jeunes, être libéré à Kinshasa sans possibilité de retour, c’est rester exposé à un danger permanent. Loin de leurs familles, plongés dans un environnement hostile, ils demeurent vulnérables, traqués, invisibles.
Cette situation soulève une autre interrogation majeure : ces adolescents font-ils partie des milliers de détenus dont la libération avait été exigée dans les accords de Doha ? Si tel est le cas, alors c’est un mascarade du pouvoirr
Face à cette injustice persistante, il est essentiel de rendre hommage à ceux qui n’ont pas détourné le regard. La communauté de Kinshasa, la mutualité de la diaspora Gakondo, ainsi que les avocats engagés, ont fait preuve d’un courage remarquable. Leur détermination a permis de briser le silence autour de ces détentions arbitraires.
Aujourd’hui, nous saluons la libération de Birori Michel, Bukuru Mutware, Ruhumuriza Freddy Disimasi, Kanoro Rutonesha, Ngabire Muyoboke, Bigirisoko Rugorora, Bizi Emmanuel, Manzi Gasiza Thierry et Mugunga James.
Mais ne nous trompons pas : cette libération, aussi importante soit-elle, ne doit pas masquer une réalité bien plus sombre.
Des centaines de Banyamulenge et de Tutsi congolais restent enfermés dans les prisons de Kinshasa. Sans procès équitable. Sans preuves. Sans voix. Leur seul “crime” : leur apparence, leur nom, leur identité.
Privés de justice, privés d’avenir, ils sont abandonnés dans un silence assourdissant.
La vraie question n’est donc pas seulement celle de la libération de quelques-uns. Elle est celle de la dignité et de l’égalité pour tous.
Et tant que cette question restera sans réponse, la liberté ne sera qu’un mot creux pour ceux qui en ont le plus besoin.
Le 19 avr. 26
Paul Kabudogo Rugaba

Plusieurs étudiants issus de la communauté Banyamulenge ont été détenus durant cinq ans sans aucun procès, en dépit de leur jeune âge. La question de leur réinsertion sociale et de leur retour sécurisé dans leur milieu d’origine demeure entière. Ces manquements graves du gouvernement de la RDC, qui concernent également des milliers d’autres détenus, constituent une injustice flagrante exigeant réparation et une réponse judiciaire ferme